IV - CYBERPERCEPTION La notion de cyberception, telle que définie par Roy Ascott, est une perception physique et mentale non plus déterminée et conditionnée par le seul espace physique et les limites de notre corps mais élargie, augmentée par -et dans- le cyberespace et par la relation dialectique entre les deux (inter-espace). La téléprésence en constitue une des grandes tendances. La téléprésence : Comme son nom l'indique, la téléprésence est une présence à distance. Elle implique deux lieux dans l'espace physique : le lieu de l'opération et les lieux multiples des opérateurs à distance, la transaction s'opérant dans le cyberespace. On distingue actuellement deux types de téléprésence : une téléprésence "incarnée" (c'est-à-dire que le téléopérateur effectue une action concrète à distance, comme dans le cas de la télérobotique) et une téléprésence "désincarnée" dans laquelle le toucher "direct" n'existe pas, ou moins. La téléprésence engendre un nouvel état de conscience et de conscience de soi. L'unicité de l'individu est rompue, le corps n'est plus limité à son enveloppe de peau, mais étendu, dans une sensation d'être "hors de son corps" ou "au-delà" de son corps. L'individu est présent, simultanément, dans trois espaces : l'espace physique dans lequel il se trouve, l'espace physique de l'opération, et le cyberespace de la transaction. Il expérimente l'ubiquité, être simultanément dans divers endroits à la fois. La distance est "abolie", mais c'est cette même distance qui fonde la téléprésence. Par ailleurs, la téléprésence soulève, ou reformule, un certain nombre de questions essentielles : celle de la croyance, de la confiance, de la réalité/véracité telle que nous la percevons par nos sens et du bouleversement des échelles. Peut-on croîre que nous sommes effectivement en train d'agir à distance via le réseau ou bien, ce que l'on voit et ce que l'on croit agir par l'intermédiaire de l'écran et du serveur n'est-il pas simplement un leurre, une banque d'images, une simulation ? TELEGARDEN -
Ken Goldberg Cette oeuvre a également suscité un immense scepticisme : parmi ceux qui voyaient le jardin dans son espace physique (comme à l'Ars Electronica Center), certains n'arrivaient pas à croire que les plantes étaient arrosées, désherbées, plantées, etc. par une communauté de gens dans le monde entier, à distance ; parmi ceux qui se connectaient, certains n'arrivaient pas à croire qu'à des milliers de kilomètres de leur écran se trouvait effectivement un vrai jardin. |
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